17 janvier 2012

HUMEUR – Temps de travail partagé : une bonne idée pour les agences d’emplois ?

Temps de travail partagé : une solution en temps de crise ?

Préoccupation majeure des Français, l’emploi est encore en quête de solutions pérennes dans notre pays pour ne plus constamment subir les aléas du marché. Voire s’affranchir des crises économiques à répétition, même si celle que nous connaissons aujourd’hui liée à la dette des pays européens n’est que la continuité de celle provoquée en 2008 par les « subprimes ».

Une proposition de solution, actuellement discutée dans la perspective du sommet pour l’emploi du 18 janvier organisé par le Président de la république, concerne directement notre activité. Il y a quelques semaines, le ministre du travail, Xavier Bertrand a (re)lancé l’idée d’un possible CDI pour un certain nombre d’intérimaires.

Théoriquement, cette idée est séduisante.

En quoi consiste l’idée du temps de travail partagé ?

Cette idée a même fait l’objet d’une loi, datée du 4 août 2005, ouvrant l’usage du temps de travail partagé aux PME.

Mais comme aucun décret d’application n’a été publié, cette loi, sans encadrement juridique, n’a pu être mise en œuvre dans notre activité.

Imaginons qu’une agence d’emplois place par exemple, une assistante Ressources Humaines le matin dans une entreprise A et l’après-midi dans une entreprise B. Aucune disposition claire n’est prévue dans le cas où l’entreprise B cesse d’employer l’assistante Ressources Humaines. C’est la problématique de l’inter contrat.

Après 17 ans dans le métier de l’intérim, dont 10 ans à la tête d’un réseau de franchise comptant 81 agences, je m’interroge sur la pertinence de cette solution pour notre activité. Pour une raison simple : le public d’intérimaire à qui une agence d’emploi pourrait proposer de bénéficier de cette loi n’est pas forcément celui qui souhaiterait sécuriser son emploi par un CDI.

En effet, nous considérons, par expérience, qu’un cinquième des intérimaires ne souhaitent pas être embauchés. Chauffeurs routiers, grutiers, plaquistes, soudeurs, plombiers, infirmières… toutes ces professions sont extrêmement demandées, à tel point qu’un intérimaire l’exerçant sait, en entrant dans une agence d’emplois, qu’il ne tardera pas à être placé. Or, si ce dernier signe un CDI, il perdra automatiquement les 10% de prime de précarité liés à l’emploi en intérim. On peut se demander dès lors, s’il aura intérêt à s’engager en CDI…

Parmi ces profils dont on connaît une pénurie en France, nombre d’entre eux sont même considérés comme des « intérimaires professionnels » !

Inadéquation entre formation professionnelle et marché de l’emploi

Cette idée du temps partagé revient régulièrement dans les débats. Elle contribue, à mon sens, à révéler l’une des sources profondes du chômage : l’inadéquation entre la demande des entreprises et les profils existants sur le marché de l’emploi. C’est pourquoi l’on recrute des infirmières à l’étranger, dont le manque est criant en France, alors qu’on continue de former des professeurs de sport alors que cette filière réserve peu d’issues en termes d’embauche.

Former les gens aux besoins réels des entreprises d’aujourd’hui les rendrait plus aisément « employables ». C’est d’ailleurs la force d’un intérimaire : il se forme à travers ses multiples expériences dans des entreprises, différentes dans leur fonctionnement comme dans leurs technologies. Il apprend ainsi à s’adapter à de multiples situations. Mieux, il possède les mêmes avantages sociaux qu’un employé en CDI depuis dix ans.

Or, ce dernier travaille parfois dans une activité vieillissante, n’a pas toujours été régulièrement formé, et n’est pas à l’abri d’un plan social ou d’un licenciement individuel.

Et vous, franchisés, êtes-vous satisfait du dialogue réalisé lors des commissions de travail ?

LAURENCE POTTIER-CAUDRON



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