18 février 2015

PORTRAIT Danielle Courdouan (Temporis Toulon) : « La promesse de la marque Temporis a été tenue »

A 45 ans, Danielle Courdouan est revenue à  Toulon pour vivre dans sa ville natale et finalement créer une agence Temporis. Après une longue carrière sur Paris au service d’enseignes de restauration commerciale  où elle a été  en charge de la direction opérationnelle d’une centaine de boutiques. Si son lancement a été pour le moins rocambolesque, elle est aujourd’hui sereine pour le développement de son affaire.

La comptabilité, comme accès à la passion du commerce

Partie de Toulon à  18 ans, sans diplôme, Danielle Courdouan réalise une formation de secrétaire-comptable à Paris pour accéder au marché du travail. Elle va rapidement passer de l’existence statique d’un bureau à la vie dynamique d’un commerce.

« J’ai été engagée comme aide-comptable, avant de devenir responsable administratif et social, dans une entreprise exploitant des boutiques duty free développées sur les aéroports de Paris et spécialisées en gastronomie. Mon rôle ne s’est pas seulement cantonné à la gestion administrative et la paie. Il était également de contrôler l’approvisionnement  des stocks et  des boutiques en fonction des besoins constatés. En réalisant la vérification des caisses, j’avais également une mission de management des hôtesses, afin d’expliquer les écarts et la « démarque inconnue ». Après quatre années dans cette entreprise, filiale d’Air France et des Aéroports de Paris, un changement d’actionnaires à la tête de mon entreprise m’a contrainte à devoir choisir entre ces rôles comptable et social pour gérer les boutiques. Ce que je ne souhaitais  pas !

En 1989, à 24 ans, je suis entrée dans le réseau de restauration rapide Brioche Dorée, d’abord comme adjointe du plus importante point de vente de l’enseigne, sur les Champs-Elysées. J’ai rapidement pris la responsabilité d’un établissement situé dans la banlieue nord de Paris, à Aulnay-sous-Bois. Cette activité correspondait à mon goût du challenge, du commerce et de la vente, avec la gestion d’un compte d’exploitation jusqu’au résultat et le management d’une vingtaine de salariés. Le chiffre d’affaires a  progressé de 60% en un an. J’ai alors découvert en Louis Le Duff, le fondateur de Brioche Dorée, un franchiseur précurseur dans tous les éléments constitutifs du système de franchise : formation, accompagnement, marque, bible opérationnelle », assure Danielle Courdouan.

2 ans pour refondre un concept

Pour ne pas être cataloguée « restauration rapide » dans sa carrière et diversifier ses compétences, Danielle Courdouan quitte La Brioche Dorée après trois ans. Elle postule comme commerciale chez Selecta, leader de la distribution automatique dans les milieux du transport.

« J’ai accepté, presque par dépit, la gérance d’une boutique Bonne Journée à la Gare du Nord. Je vais rester 17 ans dans ce groupe, sans jamais m’ennuyer. J’ai ainsi animé un réseau de succursales, en faisant appliquer les normes de l’entreprise, en choisissant les équipes, avec un rôle hiérarchique descendant. L’animation s’opère tout autrement dans un réseau de franchise, où le franchisé est considéré comme un  client, que l’on fait adhérer à la marque au travers de préconisations.

Pour le concept Bonne Journée, développé dans le métropolitain, j’ai, en 2005 participé et coordonné la refonte du concept, notamment au travers d’un manuel des bonnes pratiques, opérée du concept architectural jusqu’au grammage du jambon dans les sandwichs, en passant par le packaging, ce qui a nécessité deux ans de travail. Nous avons d’ailleurs établi un processus pour passer de l’ambiance Bonne Journée à celle de Bonne Soirée à 17 heures en jouant sur la luminosité de la boutique et la tenue des vendeurs. Au sein du même groupe, Select Service Partner, j’ai atteint la direction opérationnelle d’une centaine établissements en restauration concédée, restauration à thème et brasseries de province : Bonne journée, Millie’s Cookies, Starbuck’s, Tarte Julie, Quai N°1 dans les milieux du métro, gares, aéroports autoroutes, hôpitaux avec toujours de nouvelles problématiques. J’ai aimé, dans ce métier, la vision globale et stratégique d’un portefeuille de marques différentes, en agissant de manière transversale avec tous les services : Achats, Ressources Humaines, Commercial, Marketing, Contrôle de gestion… Toujours avec l’objectif d’optimiser les coûts et la qualité.

Une restructuration du groupe s’est opérée en 2009 et la moitié des cadres a été débarquée. Je n’adhérais plus à la politique de l’entreprise. J’ai décidé de revenir dans ma ville natale et de créer mon outil de travail, une « expérience que je souhaitais faire depuis plusieurs années », estime Danielle Courdouan.

« Vous vous souvenez de moi ? »

En 2009, avec des indemnités de départ pour soutenir son projet entrepreneurial, Danielle Courdouan se met à la recherche d’un concept de franchise.

« Le système de franchise s’est imposé comme une évidence. Pour avoir gérer des marques, je connaissais le travail réalisé en amont par la tête de réseau. De plus, se lancer sans l’appui d’une enseigne m’apparaît aujourd’hui compliqué. Je considère qu’un chef d’entreprise doit se concentrer sur son business au quotidien pour gagner en efficacité plutôt que, par exemple, rechercher le meilleur fournisseur  d’un logiciel de paie !

J’ai naturellement regardé les concepts de restauration rapide, mais je n’avais pas l’apport initial nécessaire pour ouvrir un KFC ou un Mc Donald’s. J’ai aussi étudié les franchises dans l’immobilier et les services à la personne. Au Salon Créer à Lille, consacré à l’entrepreneuriat en général, je rencontre Pierre Moritel, l’un des cofondateurs de Temporis, et Jérôme Giniaux, alors responsable salarié de l’unité-pilote de Brive et aujourd’hui franchisé de l’enseigne dans le Nord… durant dix minutes. Je les ai sentis un peu frustrés que je leur consacre si peu de temps alors qu’ils m’avaient vue rester une heure et demie sur le stand du portage salarial. Je retrouve Pierre au salon Top Franchise Méditerranée… un an plus tard ! Je lui demande : « Vous vous souvenez de moi ? ». Pierre me répond : « Oh que oui ! ». J’étais enfin prête pour l’aventure après un an de réflexion.

Après une longue conversation, ma décision était en grande partie prise d’intégrer Temporis. Je cherchais un concept de franchise avec un fort volume de chiffres d’affaires, proposant toutes les fonctions transversales que j’avais pilotées chez Select Service Partner : RH, marketing, management, commercial, recrutement… Dans ma nouvelle activité, je souhaitais avoir la possibilité de faire sans cesse des choses nouvelles, car je me lasse assez rapidement de la récurrence des tâches. Le travail temporaire est, en ce sens, un métier complet.

Au cours du processus d’intégration dans le réseau, j’ai découvert l’autre fondateur du réseau, Laurence Pottier-Caudron, que j’ai trouvée vraiment brillante, très dynamique et  marketeuse. Ce franchiseur possède une qualité majeure : la volonté d’être avant-gardiste, de se remettre en question en permanence et d’innover en permanence, à  l’instar de la base line du réseau, « L’emploi Nouvelle Génération ». Quand un concept correspond aux attentes du marché, même s’il est coûteux à travers le droit d’entrée et les redevances dues au franchiseur, il n’implique pas de réinventer un métier pour réussir ! Lors du dernier audit Temporis, mon agence a obtenu un excellent taux d’application du concept. Aujourd’hui,  nous avons bon nombre de commandes qui nous sont apportées grâce à la notoriété du réseau et aux accords-cadres négociés par l’enseigne », souligne Danielle Courdouan.

Un démarrage d’activité pour le moins rocambolesque

Danielle Courdouan ouvre son agence Temporis en novembre 2011.

« J’ai trouvé mon local en arpentant toutes les rues de Toulon et en toquant aux portes. Je suis passée devant une vitrine indiquant « liquidation judiciaire, à vendre ». Ce local était situé sur l’axe principal de Toulon, dans une zone franche urbaine, ce qui impliquait de bénéficier de plusieurs allègements fiscaux et sociaux. Il m’a fallu six mois pour l’acquérir. Pour obtenir un emprunt, face à une concurrence de 49 agences sur le même secteur, je n’avais pas la faveur des banques, car je n’étais pas issue du travail temporaire. J’ai déposé de nombreux  dossiers de demande de crédit… En fait, tout dépend du conseiller bancaire que l’on a en face de soi, pas du réseau bancaire. Mon banquier a accepté le dossier parce qu’il a cru en ma réussite, en analysant mon parcours professionnel.

Quant à l’ouverture de mon agence, elle s’est avérée apocalyptique. Je me suis d’abord associée à une ancienne salariée d’un grand groupe succursaliste de l’intérim durant 20 ans, qui m’a « plantée » quinze jours après le lever de rideau. J’ai appris plus tard qu’elle ne supportait plus son métier, ni les intérimaires ! Je lui ai finalement racheté ses parts. Après quatre mois d’exploitation, un accident extrêmement grave s’est produit lors d’une mission où l’on a délégué un chauffeur. Je me suis vue finir en prison… Entre-temps, j’avais eu deux impayés conséquents. J’ai aussi été privée d’informatique durant plusieurs semaines, car ma ligne téléphonique n’avait pas été créée sur un compte professionnel ! De plus, dans le Sud, on tarde à s’adresser à un nouveau professionnel : on ne s’adresse pas à une entreprise si elle n’est pas recommandée par quelqu’un de confiance. Et cela vaut pour tous les métiers : plombier, avocat… Enfin, j’ai commis une erreur en voulant me spécialiser sur certaines niches, plutôt que de travailler globalement tous les secteurs.

Mais malgré tous ces évènements, je n’ai jamais perdu espoir, car je n’avais pas le choix. Comme les chats, même si je me lance mal,  je retombe toujours sur mes pattes. Je suis, en plus, d’une nature optimiste. Il y a un an, j’ai atteint un premier cap significatif : 50 équivalents temps plein au planning. Cela m’a enfin apporté de la sérénité. Je devrais boucler mon troisième exercice avec 3 millions d’euros de chiffre d’affaires, un objectif conforme à mon business plan, dans un contexte concurrentiel extrême et alors que la crise économique dure… La promesse de la marque Temporis a été tenue.

Les évènements de la première année d’exploitation m’ont conforté dans l’idée que l’on se relève de tout si on en a l’envie, si l’on croit que l’on a la force de réaliser son projet. A aucun moment, je me suis dit : « j’ai fait une bêtise, je n’aurai pas dû créer mon entreprise ». Un de mes anciens patrons, qui avait déjà traversé bien des crises économiques et des restructurations, m’avait confié : quand il y a un gros orage, la seule réponse c’est le travail !», sourit Danielle Courdouan.

Le travail temporaire n’est pas une activité « tiède »

Aujourd’hui, Danielle Courdouan participe régulièrement à la vie du réseau Temporis à travers deux entités.

« J’ai intégré un groupe de réflexion sur le développement des accords-cadres, avec trois e-conférences par an, ainsi que la CDTC Innovation. Les projets sont travaillés en amont par le franchiseur, les idées jaillissent du collectif après un brainstorming. Parfois, j’aimerai davantage de partage avec d’autres franchisés, même si ma position géographique ne favorise pas ces échanges. Je suis toutefois très en liaison avec mon territoire. Je participe à plusieurs clubs d’entrepreneurs, comme l’Union Patronale du Var, le BNI Toulon et Les Femmes Chefs d’Entreprise, ainsi qu’à des salons. Je me suis également investie dans des clubs sportifs locaux.

Créer du lien, développer des amitiés, connaître les évènements de ma ville, prendre le pouls de tendances économiques dans certains secteurs comme le bâtiment et l’industrie… Ces activités m’occupent 5 à 6 soirées par mois, mais elles contribuent finalement à une bonne partie de mon chiffre d’affaires. Même si mon principal commercial reste mon intérimaire. Il est vecteur de la marque, l’ambassadeur représentatif de Temporis. Mes collaborateurs sont également mes piliers et mon équilibre. Ils sont la principale clé de la réussite de l’entreprise. Chaque personne s’investit dans l’agence comme pour sa propre entreprise. Nous partageons les mêmes valeurs qui sont le travail, le respect de l’autre et la convivialité.

En sachant déléguer, une qualité que m’ont appris mes expériences précédentes, je suis maintenant davantage en pilotage d’entreprise que dans l’opérationnel en permanence. J’arrive désormais à prendre un peu plus de recul sur mon activité, et à retrouver  une vie plus équilibrée, après avoir longtemps travaillé 7 jours sur 7, souvent jusque dans la nuit. Le travail temporaire n’est pas une activité « tiède » : il faut vraiment l’aimer pour pouvoir dépasser sa complexité et profiter de chaque instant. Lors de la dernière Convention Nationale à Lille, notre agence a été nominée dans trois catégories : « meilleur audit de marque », « meilleure participation à la vie du réseau » et « meilleure communication ». On a remporté le trophée dans la dernière catégorie. Ce qui prouve qu’à force de persévérance, on peut atteindre les objectifs qu’on s’était fixés et même, cerise sur le gâteau, obtenir la reconnaissance de l’enseigne », insiste Danielle Courdouan.



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