7 janvier 2014

PORTRAIT – A. Darrieu (Temporis Tarbes) : « Le renouvellement de mon contrat de franchise s’effectuera avec ma fille »

Antoine Darrieu est le tout premier franchisé du réseau Temporis. Après 5 ans dans le domaine du transport et 10 ans dans un réseau succursaliste du travail temporaire, il s’est mis à son compte en 2001. L’enseigne choisie était naissante, le système de franchise à l’aube d’une formidable croissance. Il n’a pourtant pas hésité un seul « millième de seconde » à s’engager avec Temporis. Retour sur le parcours d’un franchisé au statut particulier, qui aujourd’hui transmet son affaire à sa fille Marine.

Une rencontre fortuite après 10 ans chez Manpower

De caractère indépendant, prêt à exploiter professionnellement des idées – de préférence, innovantes -, Antoine Darrieu a toujours souhaité se mettre à son compte. Après des études de droit rapidement arrêtées, il commence sa carrière dans le domaine du transport en tant que commercial, alors qu’il postule à travailler sur les quais de chargement. L’occasion de créer une entreprise se présente vite à travers l’incitation d’un client.

« Nous nous sommes associés dans une affaire du secteur des transports. Je prenais en charge la partie commerciale, et lui la partie technique. Or, mon associé n’a jamais quitté son poste de salarié. Ce qui a mis fin à l’aventure après seulement quelques mois d’activité. Après cinq ans de carrière dans le domaine des transports, j’ai cherché à changer de voie. C’était le travail temporaire… ou les pompes funèbres, où je n’ai pas été retenu lors de l’ultime entretien pour une direction régionale !

Sans avoir de connaissances particulières de l’intérim, j’ai été engagé en 1990 par Manpower, en tant que responsable de l’agence d’Anglet spécialisée BTP/transport. L’analyse graphologique indiquait déjà que je désirais me mettre à mon compte… Sept ans plus tard, j’ai poursuivi le maillage du territoire pour ce réseau dans le département des Hautes-Pyrénées, autour de Tarbes. Malgré des résultats irréprochables, des désaccords avec la hiérarchie m’ont amené à négocier un licenciement, afin de pouvoir créer mon entreprise dans de bonnes conditions.

Au pot de départ, je rencontre le dirigeant de l’entreprise de peinture qui s’occupait des agences Adia de Laurence Pottier-Caudron, et qui me propose de m’associer dans la première agence franchisée du réseau Temporis. J’ai ainsi joué les garçons au service lors de l’inauguration de l’agence-pilote de Brive », se rappelle Antoine Darrieu, franchisé Temporis à Tarbes et Anglet.

Pratique du métier et culture d’entreprise différentes

Le 3 janvier 2001, la première agence Temporis ouvre à Tarbes.

« Je m’étais déjà renseigné sur le fonctionnement du système de franchise, en cherchant à intégrer des enseignes comme McDonald’s et Nature & Découvertes. Je cherchais un concept innovant, et ouvrir de préférence sur la côte basque. Ce que pouvait m’offrir Temporis, en donnant une vraie latitude au chef d’entreprise, libre de la gestion de son point de vente quand, par exemple, d’autres franchiseurs gardaient la mainmise sur des prérogatives majeures comme les achats.

J’ai choisi Tarbes comme lieu d’implantation pour la première agence du réseau, car mon associé désirait rester dans la région. A une semaine de l’ouverture de l’agence, ce dernier m’abandonne. Je dois réunir en urgence les moyens financiers pour racheter ses parts, ce que me permet un emprunt à mon environnement familial. Pour créer mon entreprise, je ne me suis pas posé, durant même un millième de seconde, la question du risque de m’engager avec une enseigne sans le moindre franchisé existant. Certes, j’ai essuyé les plâtres d’un réseau qui a énormément progressé en douze ans. L’apport au franchisé se limitait alors essentiellement à une formation commerciale atypique, d’ailleurs réalisée dans un gîte à Brive en compagnie de mon équipe et des franchiseurs. Aujourd’hui, l’accompagnement du franchiseur est colossal, notamment pour les franchisés qui ne sont pas issus du métier du travail temporaire et pour les équipes des agences.

Je bénéficiais de dix ans d’activité chez Manpower, mais le métier et la culture d’entreprise n’étaient plus la même. Je suis passé de la gestion de 600 intérimaires en consacrant l’essentiel de mon temps à la quinzaine de clients les plus importants, à la connaissance individuelle de chacun de mes intérimaires, avec l’intégralité des tâches gérées depuis l’agence, et en toute autonomie. J’ai mis six mois à m’habituer à cette pratique nouvelle de mon activité. En 4 mois, j’ai atteint le point mort, et j’ai mis un point d’honneur à rembourser les prêts réalisés auprès de ma famille après seulement une année d’exercice », assure Antoine Darrieu.

Des franchiseurs toujours en veille

En 2008, après avoir renouvelé son premier contrat, Antoine Darrieu, d’origine basque, ouvre une autre agence dans une seconde zone de chalandise d’Anglet (à 160 kilomètres de Tarbes), sur laquelle il avait posé une option dès la signature de son premier contrat.

« Je me suis associé avec un autre franchisé du réseau… et j’ai fini par racheter ses parts après un an d’exploitation. Je déconseille d’ailleurs souvent, aux candidats à la franchise Temporis que je rencontre, de s’associer pour créer une entreprise. Mieux vaut chercher à réunir seul les moyens financiers. De plus, il faut absolument que les associés soient disponibles à 100% pour l’affaire commune, sans être engagé ailleurs comme salarié ou entrepreneur. D’une manière générale, il ne peut y avoir qu’un coq dans la basse-cour ! L’intérêt principal de monter sa boîte, c’est d’être son propre patron, et donc de pouvoir décider de tout.

Le démarrage d’Anglet a été facilité par rapport à ma première agence. Le point fort du réseau reste l’évolution permanente du concept, avec des franchiseurs toujours en veille par rapport au marché et à la concurrence. Par exemple, Temporis  a été novateur dans la présentation des vitrines d’agence… avant de se faire rattraper, et même dépasser par les réseaux succursalistes. Mais nous aurons prochainement un système d’affichage en façade que nous serons les seuls à posséder dans le travail temporaire.

Les franchiseurs de Temporis cherchent toujours à conserver un temps d’avance. Ils échangent en permanence avec leurs franchisés, même s’il est parfois nécessaire de « réanimer » leur écoute, tout en sachant leur faire entendre l’amour que l’on porte au réseau. Cela a particulièrement été le cas avec le développement de l’équipe salariée de Valoris assurant la hot line, même si cela a pris du temps d’être entendu. Aujourd’hui, nous sommes aussi en attente d’autres évolutions : une proposition de renouvellement plus incitative concernant le taux de redevances – d’ores et déjà plus intéressant pour un second contrat -, d’un meilleur accompagnement sur la cession d’une agence, et d’une aide en termes financiers et fiscaux pour les multi-franchisés, afin d’obtenir des solutions optimisées pour gérer l’ensemble des agences. Une nouvelle instance, le Comité de suggestion, permet de discuter de manière constructive de tels sujets avec les franchiseurs », affirme Antoine Darrieu.

Plus intransigeants que les franchiseurs

Après avoir participé aux Commissions Dialogue, Travail et Concertation durant 5 ans, Antoine Darrieu a intégré le Comité de Suggestion du réseau Temporis, créé il y a un an et demi.

« Mon statut de premier franchisé du réseau a fait que l’on venait régulièrement me voir pour faire remonter les attentes des franchisés aux franchiseurs. Le Comité de Suggestion me permet de le faire dans un cadre plus favorable. Cet outil intéressant fait réfléchir des franchisés et les franchiseurs à l’évolution et à la pérennité du réseau dans un très bon état d’esprit. Laurence Pottier-Caudron et Pierre Moritel s’aperçoivent que nous sommes mêmes plus intransigeants qu’eux sur certains points. Par exemple, sur la cohérence du réseau, et donc sur les valeurs portées par les nouveaux franchisés et la façon d’appliquer le concept. Cet outil reste encore, à mon sens, inexploité, car nous n’avons pas suffisamment de remontées de la part des autres franchisés du réseau sur les problématiques à aborder en Comité de Suggestion », souligne Antoine Darrieu.

En avril 2013, il crée à Anglet une agence Temporis Consulting.

« Cette décision a été avancée par rapport au calendrier initialement prévu, car je pouvais bénéficier du Crédit d’Impôts Compétitivité Emploi et d’un local disponible à proximité. Cette agence connaît un démarrage plus long qu’une agence traditionnelle. En effet, la prospection est réalisée pas à pas auprès de petits cabinets, dans une région où les grosses structures, davantage génératrices d’emplois dans le tertiaire, sont rares. De plus, les activités administratives sont plutôt exercées dans la préfecture à Pau », explique Antoine Darrieu.

Transmission de son affaire à sa fille

Le 1er janvier 2014, Marine Darrieu, 27 ans, a pris officiellement la relève de son père.

« Après une maîtrise de psychologie, et une première expérience à l’étranger, ma fille a intégré durant plusieurs mois le service commercial de l’agence Temporis de Montpellier, avant de me rejoindre comme ACA sur Anglet en 2011. Elle est responsable de cette agence depuis mars dernier, et gère le quotidien : le commercial, l’équipe et les intérimaires. Au départ, j’ai très sérieusement songé à vendre mon affaire au terme de mes contrats de franchise. Mais leur renouvellement s’effectuera avec Marine, désormais associée majoritaire. Cela lui permettra notamment au niveau commercial d’être reçue en tant que patronne, ce qui change tout dans la relation avec le client. C’est d’autant mieux perçu dans notre région que l’on compte beaucoup d’affaires familiales dans le tissu local des PME.

Cela sera aussi l’occasion pour moi… de ne plus être le premier franchisé ! J’ai certes une relation privilégiée avec Laurence et Pierre, et je porte l’histoire du réseau, puisque j’étais là avant même tous les membres de la structure opérationnelle du franchiseur. Mais à 53 ans, je n’ai pas prévu de travailler à fond jusqu’à la retraite…

De plus, après 23 ans dans l’intérim, j’ai observé de nombreux changements, comme la mentalité des intérimaires, moins fiables et ayant moins l’esprit d’appartenance à leur agence que lorsque j’ai débuté à Manpower. D’où la nécessité d’une exigence plus forte dans le recrutement des intérimaires. Pour réussir comme franchisé, au-delà d’être commercial de l’âme, l’état d’esprit est primordial, notamment pour entraîner et savoir motiver son équipe. Ce que j’ai pu constater avec Marine, ma boutique ayant tourné de façon naturelle durant quinze jours de vacances récents, passés loin à l’étranger.

Aujourd’hui, j’aspire à d’autres activités, comme travailler autour des médecines douces pour aider les autres dans la gestion de leur stress, leurs phobies ou leurs addictions. Changer la vie des gens, ce n’est pas une activité négligeable, et c’est l’un des éléments qui m’ont plu dans le travail temporaire. En ayant gagné en confort de vie à travers l’entrepreneuriat, je peux aussi m’offrir le luxe de revenir à mes premiers amours, et notamment à la musique. A l’origine, j’aurai pu devenir concertiste comme guitariste classique. Je viens de me remettre au piano, et fort de ma motivation retrouvée, je suis désormais capable de jouer un morceau techniquement difficile comme le 3e mouvement de la sonate au clair de lune de Beethoven », sourit Antoine Darrieu.



2 Comments

  1. Fran
    14 janvier 2014 at 10 h 11 min

    Un parcours de franchisé riche en aventure ; on sent l’âme d’entrepreneur et d’autodidacte ; bonne chance pour les nouveaux projets autour des médecines douces

  2. Mélodie
    14 janvier 2014 at 15 h 21 min

    très belle histoire. merci

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